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Enquête

Animaux congelés, empaillés ou appâtés... l'envers du décor de certaines photos animalières

Des grenouilles sont parfois mises au frigo avant d'être mises en scène dans des situations improbables... / ©Adobe Stock

La photographie animalière s'avère extrêmement précieuse pour sensibiliser à l'évolution et à la beauté de notre faune. Mais avec l'essor des réseaux sociaux, certains "photographes" dénués de scrupules sont prêts à tout pour capter LA photo. 30millionsdamis.fr s'est intéressé à ces pratiques, heureusement condamnées par la profession.

« Découvrez les étonnantes images de la rencontre entre une grenouille et un escargot », « une grenouille à cheval sur un scarabée », « un tamanoir s'intéresse de près à des lueurs scintillantes »... Vous avez probablement déjà lu certains de ces articles publiés par des médias - parfois réputés - et dont les photos ont été partagées à foison sur les réseaux sociaux. Malheureusement, ces photographes auto-proclamés « défenseurs des animaux », ont usé des pires techniques en quête du cliché parfait. 

Des grenouilles mises au frigo et manipulées telles « des marionnettes »

Cette photographie d'une grenouille jouant au cow-boy sur un scarabée a fait rire beaucoup d'internautes... au détriment du bien-être animal./©Hendy Mp

L'une de ces pratiques particulièrement abjectes est la mise au congélateur d'animaux, comme les batraciens, afin de faciliter les mises en scène les plus absurdes. Ces images très colorées sont courantes en Indonésie et fleurissent sur Instagram où elles recueillent un franc succès, par méconnaissance de la manipulation dont elles ont fait l'objet.

Cette technique aurait notamment été utilisée dans ce cliché (ci-dessus) pour placer la grenouille sur le scarabée rhinoceros. « En mettant l'animal au frigo, le photographe s'assure que ses gestes soient plus lents, détaille à 30millionsdamis.fr Ludovic Sueur, photographe et conférencier sur l'éthique dans la photographie animalière. Concernant les insectes, ce sont des exosquelettes. Il n'y a donc aucun moyen de voir s'il est mort ou vivant. Dans cette série, on retrouve une grenouille dans une position marrante avec les pattes décollées. Vous pouvez être certain qu'un fil a été disposé pour parvenir à cette scène. L'animal est une marionnette. » 

Il remporte le prix de la photo de l'année avec un tamanoir... empaillé!

Les dérives de la photographie animalière n'ont toutefois pas de frontières. En 2017, le Brésilien Marcio Cabral remporte le prix de la meilleure photo au concours Wildlife Photographer of the Year. Nommé « Prédateur nocturne », le cliché montre un tamanoir sous un ciel parfaitement étoilé au parc national des Emas, au Brésil. Il est précisé sur la légende que l'homme a « campé dans la région brésilienne de Cerrado, dans la vaste savane sans arbres du parc national des Emas, pour immortaliser les lumières des termitières. De l'obscurité, a surgi un fourmilier géant, ne remarquant pas la présence de Marco à côté de lui, et a commencé à attaquer ce grand monticule fait de béton et de boue avec ses griffes puissantes, pour atteindre les termites en profondeur. » Pourtant... Moins enthousiastes que le Muséum d'histoire naturelle de Londres décernant ce prix, des photographes mettent en doute l'authenticité de la photo. Et pour cause, l'animal pris sur le fait était en réalité... empaillé ! 

« Beaucoup de photographes débutants mais aussi confirmés sont tellement dans l'urgence que la rencontre avec un animal et le respect de celui-ci n'est plus leur priorité, analyse pour 30millionsdamis.fr, David Wolberg, photographe animalier depuis 2005 et qui avait poussé un coup de gueule contre le manque d'éthique dans sa profession. Leur seule priorité, c'est de faire la photo la plus formidable possible afin d'assurer leur notoriété en gagnant des concours ou en faisant le buzz sur les réseaux sociaux. J'ai vu des bateaux couper la route d'orques pour les faire sauter. Des photographes qui s'approchent trop près d'un nid d'oisillons finissant par être abandonnés par les parents. D'autres imitent le chant des oiseaux via des applications sur smartphone ce qui peut bouleverser la biodiversité. » Et par conséquent, lui nuire !

Une belle photo prend le risque de lancer une mode

Face à la menace de ces mises en scène, les concours ont fait évoluer leurs critères et il est désormais très difficile de les contourner. « Aujourd'hui, les concours sont de plus en plus réglementés, confirme Laurent Baheux, photographe animalier spécialiste de la faune africaine qui a été sollicité à plusieurs reprises en tant que jury. Il est, par exemple, demandé de donner la totalité des photographies avant, pendant et après le cliché. Mais au-delà des concours, les dérives existent. J'ai déjà eu vent de personnes qui appâtaient des rapaces à l'aide d'une souris. C'est quand même un comble car nous avons un devoir d'exemplarité. »

 

La limite, c'est déjà de ne pas faire souffrir d'animaux.

Ludovic Sueur - Photographe 

Mais alors où placer la ligne jaune ? À cette question purement éthique, les photographes animaliers semblent toutefois s'accorder. « La limite, c'est déjà de ne pas faire souffrir d'animaux, lance Ludovic Sueur. Mais il faut aussi se demander ce que l'on veut communiquer à travers nos photos. Pour ma part, je souhaite déranger la faune le moins possible. Malheureusement, en réalisant une belle photo, nous prenons aujourd'hui le risque de lancer une mode. Par exemple, un photographe écossais avait passé des heures et des heures afin de capter le moment où le martin-pêcheur plongeait avec le bec au niveau de l'eau. Peu longtemps après, d'autres ont voulu faire la même photo mais ont utilisé des stratagèmes comme mettre un aquarium dans l'eau ! »

Se méfier des photographies « trop parfaites »

S'il peut être difficile de reconnaître une photographie qui s'est affranchie des étapes de l'éthique, quelques indices peuvent parfois être des alertes. « Si vous voyez un cliché montrant des tigres en pleine course qui regardent en hauteur, cela n'est pas naturel, donne pour exemple Ludovic Sueur. Ce sont souvent des animaux captifs qui chassent un appât tenu par une perche ! Vous souvenez-vous de ces calendriers montrant des photos de chiots ou de chatons en nombre ? C'était souvent des animaleries qui les prêtaient pour la mise en scène. L'Américain Randal Ford est célèbre pour ses portraits de lions, d'ours ou d'éléphants. En réalité, ce sont des animaux de cirque qui défilent. Toutes ces photos sont souvent trop parfaites. Et quand c'est trop parfait, on peut légitimement se poser la question de l'authenticité ou des limites dépassées. Il faut toujours se poser la question : comment il a pu faire ça ? » 

Pour tenter d'éviter au maximum ces libertés prises aves le bien-être animal, quelques pistes sont à explorer. « Pourquoi ne pas établir une charte où chaque photographe déclarerait sur l'honneur qu'il respecte l'animal, soumet David Wolberg. Nous pourrions créer un label. En parler, c'est toujours un bon moyen de sensibiliser. C'est aussi notre rôle. »

Nonobstant, il est important de rappeler que la grande majorité des photographes animaliers sont des passionnés et des protecteurs de la faune. Derrière leur objectif, ils offrent une vision authentique de l'état de la nature et permettent souvent d'interroger sur notre impact.

Commenter

  1. legresley09@gmail.com 14/05/2020 à 11:29:20

    Merci pour cet article. je ne pensais pas que c'était a ce point. Triste monde.

  2. Millymagdalena 14/05/2020 à 10:03:47

    L'homme a vraiment un esprit déviant ! Mais comment peut-on aussi peu respecter le vivant ? Allez, encore un bon coronavirus : cela ferait du nettoyage ! Malheureusement, nous avons vu que les deux derniers mois d'arrêt de l'activité humaine ont été bénéfiques pour la nature et les animaux, qui a pu - enfin ! - souffler un peu ... mais pour combien de temps ? Il y a déjà plus d'animaux sauvages morts sur le bord des routes depuis le déconfinement. Ils avaient repris confiance ... et on les massacre déjà ! Mais quelle espèce sommes-nous donc ?

  3. pouguy 13/05/2020 à 18:33:30

    j'ai du mal à y croire, mais si c'est vrai, je trouve ces gens néfaste pour leur profession dont ils donnent une mauvaise opinion

  4. nous pour eux 13/05/2020 à 17:11:23

    Mais dans quel monde vivons nous !!!!!

  5. Gryffondore 13/05/2020 à 14:10:01

    Minable ! La crétinerie et le manque de respect de l'animal dans toute sa splendeur. C'est dommage car ces personnes entachent la réputation des photographes respectueux.

  6. camisha 13/05/2020 à 11:47:06

    Plus aucun respect de la vie Animal, pauvre civilisation.

  7. trexelife 13/05/2020 à 09:42:43

    Les diffuseurs des photos animalières doivent être responsables des conditions utlisées par les professionnels ; en cas de maltraitances , ils doivent être condamnés à payer de trés fortes amendes : ça les obligera à vérifier ce qu'ils diffusent .C'est bien la diffusion qui permet le constat de la violence infligée aux animaux mais aussi qui incite les sadiques à prospérer !

  8. AnneV 12/05/2020 à 18:42:18

    L'humain, sous prétexte de "photographier" est prêt à tout!!!!!!!!!!!! Nous sommes une sale espèce et n'avons rien compris !!! Les animaux sont nettement supérieurs à nous !

  9. kikinettedu91 11/05/2020 à 20:11:01

    Eh bien maintenant que les go pro existent pourquoi ne pas obliger le photographe d’en porter une frontale ou bien de la fixer sur un piquet et il montrera ses clichés mais en plus le film qui le montre en train de photographier sans user de subterfuges c’est tout !!!