Bruxelles a lancé mardi 12 mai 2026 une consultation publique pour une possible modifications de deux lois emblématiques de protection de la biodiversité, ce qui inquiète les organisations environnementales.
L'Union européenne va-t-elle changer ses règles sur les espèces protégées ? La Commission européenne s'interroge sur l'efficacité de deux directives : une loi de 1979 qui protège les oiseaux et une autre de 1992 sur les habitats naturels des animaux sauvages. "La directive 'Oiseaux' a presque 50 ans, et la directive 'Habitats' a plus de 30 ans. Donc je pense qu'il est légitime de se poser des questions", estime la commissaire européenne en charge de l'Environnement Jessika Roswall. "Faut-il modifier les textes ? Faut-il faire autre chose ? Je ne le sais pas encore. Pour moi, c'est précisément le but" de cette consultation, ajoute-t-elle, en assurant qu'il n'y a "aucune intention de réduire le niveau d'ambition" de protection de la biodiversité. La commissaire considère également qu'un "point qui a été soulevé concerne les espèces : certaines sont aujourd'hui menacées d'extinction, d'autres ne le sont plus. Or, ce qui ressort, c'est qu'il n'est pas toujours facile de modifier leur statut - que ce soit pour les reclasser à la hausse ou à la baisse. Donc c'est un sujet".
Des projets qui inquiètent les défenseurs de l'environnement
L'Union européenne voudrait aussi simplifier les obligations de collecte de données par les Etats. L'annonce de cette consultation a été critiquée par plusieurs organisations environnementales. "Nous sommes très préoccupés", a réagi Sabien Leemans, du WWF, qui déplore "une très forte pression pour présenter les législations environnementales et de protection de la nature comme de la bureaucratie inutile qui freinerait la compétitivité européenne". Cette responsable d'ONG redoute que Bruxelles veuille affaiblir ses règles pour favoriser l'exploitation minière, alors que l'Europe tente d'échapper à sa dépendance aux minerais étrangers en rouvrant des mines sur le continent.
Emblématiques de la défense de la biodiversité, ces deux lois ont créé en Europe le réseau Natura 2000 de sites naturels protégés. Ces zones sont parfois critiquées par des acteurs de la construction et de l'agriculture, qui jugent les règles européennes trop contraignantes."Dans un contexte où les ambitions environnementales de la Commission européenne sont progressivement affaiblies sous la pression croissante des lobbies industriels, ces projets de révision suscitent une profonde inquiétude", affirme à son tour Lorène Jacquet, Responsable des Affaires publiques pour la Fondation 30 Millions d'Amis. Derrière ces prétendues “mises à jour” réglementaires se profile le risque d’un recul majeur de la protection accordée à de nombreuses espèces déjà fragilisées par les activités humaines et les dérèglements climatiques".
L'exemple de l'affaiblissement du loup
En 2025, l'Union européenne avait modifié la loi "Habitats" pour assouplir le statut de protection des loups, de "strictement protégé" à "protégé", afin de permettre davantage d'abattages face à l'augmentation de la population lupine. La mesure avait été dénoncée par les défenseurs de la biodiversité. "L'exemple de l'affaiblissement du statut du loup, commandité par la France sous l'influence de lobbies peu scrupuleux, montre à quel point les considérations politiques d'aujourd'hui peuvent compromettre des années d'efforts de conservation, déclare Lorène Jacquet. Les directives européennes qui protègent la biodiversité, obtenues de longue lutte, reposent sur des constats scientifiques solides et constants. Elles ne sauraient être remises en question dans une période de forte instabilité où l'opportunisme politique dicte de nombreux choix délétères pour l'environnement."
(Avec AFP)
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