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Une centaine d’hippopotames, descendants de ceux importés par le narcotrafiquant Pablo Escobar, bientôt abattus en Colombie ?

La population d’hippopotames en Colombie est estimée à un peu plus de 200 individus. /©iStock

Le gouvernement colombien a récemment annoncé un plan d’euthanasie visant la population locale d’hippopotames, espèce importée par le célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar dans les années 1980. 30millionsdamis.fr a échangé avec plusieurs défenseurs de l’espèce qui tentent de stopper ce massacre annoncé.

Une décision qui révolte les défenseurs d’animaux ! En avril 2026, le gouvernement colombien a révélé son intention d’activer un plan choc visant à stopper l’expansion et la croissance de la population d’hippopotames. Les autorités évoquent des « mesures urgentes visant à protéger la biodiversité, réduire les risques pour les communautés et stopper la croissance accélérée de cette espèce classée envahissante »

« Une pure défaillance de gestion de la part du ministère de l'Environnement » 

Pour rappel, ces pachydermes avaient été importés d’Afrique dans les années 1980 par le célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar. Le baron de la drogue en avait acheté 4 pour les placer dans le zoo privé de sa propriété de l’hacienda Nápoles, à près de 150 kilomètres à l’Est de Medellín (Colombie). À sa mort en 1993, les hippopotames, livrés à eux-mêmes, se sont reproduits dans les eaux du fleuve Magdalena, jusqu’à atteindre aujourd’hui une population estimée à un peu plus de 200 individus. 

L’objectif des autorités colombiennes serait d’en abattre « au moins la moitié », souligne le ministère de l’Environnement et du Développement durable colombien sur son site Internet. En 2021, une solution plus éthique avait été mise en place : la stérilisation. Vingt-quatre hippopotames avaient été pris en charge. Mais pour des questions de « coûts » et d’« infrastructure », cette opération est devenue trop difficile à gérer selon le gouvernement colombien.  

 

Il est très paradoxal de reprocher à une centaine d’animaux la destruction d’un écosystème... qui se dégrade depuis des siècles.

Commission pour la protection de la vie des hippopotames  

« Cela relève d'une pure défaillance de gestion du ministère de l'Environnement, déplore Andrea Padilla, activiste pour les droits des animaux en Colombie, jointe par 30millionsdamis.fr. Le fait qu’ils n’aient pas stérilisé plus d’animaux, c’est juste de la paresse. » D’après la Commission pour la protection de la vie des hippopotames, un collectif citoyen basé à Puerto Triunfó, dans le département d'Antioquia, où vit la plupart des hippopotames, l’augmentation de cette population est due à « l’inaction de l’État »

« Sa dangerosité n’est pas un motif suffisant pour tuer un animal » 

Les autres arguments avancés par le gouvernement pour justifier ces euthanasies programmées sont également loin de convaincre le collectif. D’abord, concernant la protection de la biodiversité, « il est très paradoxal de reprocher à une centaine d’animaux la destruction d’un écosystème... qui se dégrade depuis des siècles, déplore le collectif contacté par 30millionsdamis.fr. En réalité, ce sont les êtres humains qui ont conduit les lamantins et les loutres à l'extinction [que le gouvernement impute aux hippopotames, NDLR]. Nous les avons rarement vus, ce n'est pas la faute des hippopotames, mais la nôtre. »  

Ensuite, sur le plan des risques pour les communautés, « ces animaux ne représentent pas un risque pour les habitants, qui ont appris à les connaître et à se comporter de manière responsable face à leur présence », atteste la Commission pour la protection de la vie des hippopotames. « Pour autant, la dangerosité n’est pas un motif suffisant pour tuer un animal. Nous vivons sur un territoire très diversifié, peuplé d’animaux dangereux pour notre intégrité physique, mais cela ne nous autorise pas, et encore moins l’État, à les abattre. Les êtres humains ont la capacité de modifier leurs comportements pour garantir la coexistence avec les autres espèces. »  

Les hippopotames transférés à Vantara en Inde ? 

Pas de coexistence envisageable donc pour le gouvernement colombien, ni de poursuite de stérilisations. Une autre alternative a aussi été évoquée mais sans grande avancées : le transfert de ces animaux vers d’autres pays pouvant les accueillir. Des discussions ont eu lieu avec le Mexique et les Philippines, mais elles n’ont pas abouti, selonle ministère de l’Environnement et du Développement durable. Une autre piste pourrait concerner l’Inde. D’après l’AFP, Anant Ambani, le fils du milliardaire indien Mukesh Ambani, a proposé de recueillir ces hippopotames dans son méga-zoo Vantara, situé dans l'Etat du Gujarat, dans l'ouest de du pays. Il y a quelques mois, la Fondation 30 Millions d’Amis avait dénoncé les importations massives d’espèces protégées et les soupçons de trafic de cette structure indienne abritant « déjà des centaines d'éléphants, 50 ours, 160 tigres, 200 lions, 250 léopards et 900 crocodiles, selon l'Autorité centrale des zoos de l'Inde », rapporte l’AFP. 

 

Depuis 2022, des dizaines de milliers d'animaux ont été acquis des quatre coins du monde par Vantara dans des conditions reconnues comme douteuses et préoccupantes. 

Lorène Jacquet 

« Cette généreuse proposition faite par le milliardaire indien Anant Ambani sonne comme une nouvelle tentative de légitimer l'activité de sauvetage mise en avant par son méga-zoo, pour masquer l'importation massive d'espèces menacées dont la provenance est incertaine, dénonce Lorène Jacquet, responsable des affaires publiques à la Fondation 30 Millions d’Amis. Cette stratégie de greenwashing, qui instrumentalise l'émotionnel collectif en se présentant comme le sauveur dans une affaire fortement médiatisée, ne doit pas faire oublier la réalité : depuis 2022, des dizaines de milliers d'animaux ont été acquis des quatre coins du monde par Vantara dans des conditions reconnues comme douteuses et préoccupantes et sur lesquelles toute la lumière doit encore être faite. » 

Si aucune solution n’est trouvée pour ces pachydermes, le plan d’euthanasie devrait débuter au second semestre 2026, selon le gouvernement colombien. En attendant, les membres de la Commission pour la protection de la vie des hippopotames, accompagnée d’universitaires et de députés, mais aussi des avocats, tentent de faire avancer la protection de l’espèce sur le plan juridique. 

En 2021, la justice américaine reconnaissait la personnalité juridique des hippopotames de Colombie ; la possibilité donc pour des animaux d’exercer un droit en leur nom propre (une première !). La Fondation 30 Millions d’Amis se réjouissait de cette nouvelle. Peut-être un atout dans la manche des défenseurs des hippopotames colombiens…