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Débat

Expérimentation : les enjeux de la transition vers une recherche sans animaux

De nombreuses expérimentations utilisant des animaux disposent déjà d'alternatives.../©Adobe Stock-motortion

Dans « L’expérimentation animale en question » (Ed. Matériologiques, 2022), Roland Cash donne les clés pour comprendre l’absolue nécessité d’une accélération de la transition vers une recherche sans animaux. En dépit de freins évidents, le vice-président de l’association Transcience assure néanmoins à 30millionsdamis.fr qu’un tel changement est possible, par étapes.

Entre espoirs déçus et volonté affichée, les associations de protection animale militent depuis de nombreuses années pour une recherche scientifique sans recourir au modèle animal. Parmi elles, l’association Transcience – partenaire de la Fondation 30 Millions d’Amis - travaille sur des objectifs ambitieux : 1) le soutien de la transition vers une recherche scientifique sans l’utilisation d’animaux, 2) la contribution à une protection accrue des animaux encore utilisés et 3) l’application rigoureuse de la réglementation.

12,6 millions d’animaux morts… pour rien !

Dans l’ouvrage « L’expérimentation animale en question » (Ed. Matériologiques, 2022), son vice-président, Roland Cash, poursuit ce travail en inscrivant « noir sur blanc tous les problèmes soulevés par l’expérimentation animale » et en mettant « en balance le bénéfice attendu et le coût pour l’animal ». 

 

La priorité numéro un pour l’accélération d’une telle transition serait de faire appliquer la loi.

Roland Cash - Transcience

Parmi les difficultés, l’application pure et simple de la réglementation européenne. Rappelons-le, la Directive 2010/63/UE de 2010 devait être « une étape importante vers la réalisation de l'objectif final que constitue le remplacement total des procédures appliquées à des animaux vivants à des fins scientifiques ou éducatives, dès que ce sera possible sur un plan scientifique ». En clair, elle devait permettre une accélération de la transition d’une recherche sans expérimentation animale. Or « la priorité numéro un pour l’accélération d’une telle transition serait de faire appliquer la loi », souligne Roland Cash. Et malheureusement le constat actuel est décevant.

Selon le rapport de la Commission du 7 février 2020 sur la mise en œuvre, dans les 28 États membres, de la directive 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques, « outre 10,6 millions d’utilisations signalées d’animaux en 2017, 12 597 816 animaux ont été élevés et mis à mort sans être utilisés dans des procédures ». Soit au total, plus de 23 millions d’animaux concernés chaque année…

Un répit… dû à la crise Covid-19

En France, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation a noté dans son enquête statistiques 2020 que le nombre total d’utilisations d’animaux avait diminué pour la 5e année consécutive s’établissant à « 1 643 787 utilisations contre 1 865 403 en 2019 et 1 910 519 en 2018 ». Une baisse qui s’expliquerait par « l’épidémie de COVID-19 qui a conduit à la suspension de l’activité de certains établissements ».

Parmi les animaux les plus utilisés, les souris (1 048 864) figurent en tête de ce triste tableau avec près de 64% des utilisations. Elles devancent les rats (149 068, 9,1%) et les lapins (144 190, 8,8%).

Le principe des 3R… insuffisant. Des pistes pour y remédier

Dans son livre, Roland Cash souligne le rôle du principe des 3R (Remplacement, Réduction, Raffinement) tout en relevant ses limites. Pour rappel, le principe des « trois R » - élaboré en 1959 par deux scientifiques britanniques - est l’un des piliers de la directive européenne 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques. L’application de ce principe nécessite que les chercheurs n’utilisent les animaux que lorsqu’il n’existe aucune autre méthode (remplacement) ; s’il n’existe pas d’autre méthode ils doivent réduire autant que possible le nombre d’animaux utilisés (réduction) ; enfin ils doivent veiller à diminuer autant que possible la souffrance des animaux utilisés (raffinement).

Or, le « R » de « Remplacement » n’occupe pas une place prépondérante dans la réflexion et le principe n’est pas efficace pour promouvoir les méthodes substitutives. « Des auteurs ont proposé de faire évoluer les 3R en y intégrant, par exemple, le principe de réhabilitation, explique le vice-président de Transcience. Il serait ainsi possible de sauver de l’euthanasie des animaux utilisés dans les procédures légères et dont l’état de santé le permet. On leur permettrait de finir leur vie dans des lieux d’accueil comme le Graal le propose. » D’autres « R » pourraient aussi être promus comme la « Relevance », cherchant à « s’assurer de la pertinence de la recherche au regard de ses apports potentiels en faveur de la santé humaine » ou encore la « Rationalization » pour « éviter la redondance des expérimentations ». De même, le « Reporting » obligerait à publier toutes les données, y compris les résultats nuls ou négatifs.

Expérimentation animale... malgré des alternatives

 

Il existe des expériences menées qui sont tout à fait inutiles.

Roland Cash

Mais avant d’en arriver à de telles améliorations, il faudrait supprimer les nombreuses incohérences existantes dans le monde de l’expérimentation animale. « Il existe des expériences menées qui sont tout à fait inutiles, évoque Roland Cash. L’exemple des vaches à hublot le montre à un point caricatural. On manipule ces vaches pour améliorer les rendements de l’alimentation animale ». D’autres exemples d’expérimentations qui subsistent alors qu’il existe des alternatives efficaces sans animaux laissent pantois. Ainsi, les tests de pyrogénicité menés sur les lapins pourraient être remplacés par un test in-vitro qui est validé depuis… 2009 ! De même, des tests sans animaux existent pour la production d’anticorps, pouvant remplacer les techniques sur animaux particulièrement douloureuses. La Directive indique pourtant que les méthodes animales doivent être remplacées dès lors qu’il existe des méthodes alternatives validées.

Si l’on veut avancer, on peut s‘inspirer d’un exemple, celui des Pays-Bas où la transition vers une recherche sans animaux semble la plus avancée en Europe, pilotée par les pouvoirs publics avec les universités, dans le cadre d’un programme cohérent muni d’échéances. Il s’agit « certes d’un petit pays » mais « pour ce sur quoi ils peuvent agir, tout porte à croire qu’ils font tout en faveur de cette évolution ».

Commencer par… appliquer la loi !

Pour parvenir à une accélération d’une transition vers une recherche sans animaux, Roland Cash donne trois priorités : « supprimer les méthodes sévères, accélérer les recherches sur des méthodes sans animaux, par exemple en lançant des appels à projet et… faire appliquer la loi ».

Dès lors qu’il est démontré que des méthodes substitutives peuvent être utilisées à la place, 9 Français sur 10 (90 %) sont favorables à l’interdiction totale de l’expérimentation sur les animaux selon le baromètre de la Fondation 30 Millions d’Amis (janvier 2022).  La pétition de la Fondation 30 Millions d’Amis pour mettre fin à l’expérimentation animale a déjà cumulé plus de 380 000 signatures.