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Biodiversité

Les activités humaines menacent la migration – et donc la survie – des espèces terrestres !

Indispensable face au changement climatique, la migration des espèces est six fois plus lente sur terre que dans les océans. ©Adobe Stock

La survie des espèces sauvages dépend de leur migration, indispensable pour faire face au réchauffement climatique. Or, selon une récente étude franco-américaine réalisée sur 12 500 espèces différentes, le déplacement des animaux est six fois plus lent sur terre qu’en mer (25/05/2020) ! En cause ? Encore et toujours le développement effréné des activités humaines… Contactés par 30millionsdamis.fr, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme.

6 kilomètres par an : c’est la distance moyenne que parcourent, chaque année, les espèces marines pour se rapprocher des pôles (« Species better track climate warming in the oceans than on land », Nature Ecology & Evolution, 25/05/2020). Un déplacement six fois plus rapide que sur le plancher des vaches, où la progression des espèces terrestres est ralentie et le risque d’extinction accru.   

Les activités humaines, un frein à la migration des espèces terrestres

En effet, « sur terre, les zones les  plus anthropisées auront tendance à freiner la migration des organismes terrestres, eu égard à la fragmentation spatiale de leurs habitats naturels », précise Jonathan Lenoir, enseignant-chercheur en écologie à l’Université de Picardie Jules-Verne d’Amiens (80) et co-auteur de l’étude. « Cette fragmentation, qui peut être due à l'urbanisation, l'agriculture, la sylviculture par exemple, agit comme un filtre », précise Romain Bertrand, écologue à l’Université Toulouse III et co-auteur. Se creuse alors un déséquilibre entre d’un côté, la vitesse à laquelle le climat se réchauffe et, de l’autre, la migration des espèces terrestres pour assurer leur survie.. 

 

Sur terre, la fragmentation des habitats freine la migration des espèces.

J. Lenoir - Enseignant Chercheur en écologie

A contrario, « les océans et mers sont des étendues d'eau assez continues qui permettent plus facilement le déplacement des espèces », analyse R. Bertrand. Les espèces peuvent donc s’y déplacer plus librement et, de fait, suivre plus aisément le mouvement des isothermes. Le déplacement des espèces marines est d’autant plus facilité dans les aires protégées, notamment dans les réserves marines. Par ailleurs, les espèces marines se déplaceraient plus vite vers les pôles dans la mesure où elles ressentiraient 25 fois plus le réchauffement actuel que les espèces terrestres, l’eau conduisant 25 fois plus la chaleur que l’air. La migration est également plus rapide en mer parce que de nombreux organismes marins sont, en tant qu’ectothermes*, contraints de se déplacer au gré du changement climatique.

Et à la différence des zones terrestres, dans les mers et océans, plus l’activité humaine est forte, plus la migration est rapide : « Les activités humaines ne freinent pas les déplacements : elles les accélèrent », confie Jonathan Lenoir. « Les changements globaux (comme la destruction et la fragmentation des habitats naturels, la surexploitation des ressources, les pollutions...) participent à la redistribution de la biodiversité », ajoute R. Bertrand.

Renforcer le suivi des déplacements et favoriser la migration des espèces

Les experts appellent désormais la communauté scientifique à étendre les suivis de déplacements à d’autres espèces, mais aussi à d’autres zones de la planète. « Actuellement, notre étude qui est la plus exhaustive à ce jour, référence le déplacement de 12000 espèces, soit seulement environ 0.6 % de la biodiversité décrite sur la Terre, précise Romain Bertrand. De même, les suivis actuels sont principalement réalisés en hémisphère Nord. Sous les tropiques et en hémisphère Sud, nous avons peu étudié le déplacement des espèces, alors qu'on y trouve des hotspots de biodiversité (comme en Amazonie par exemple) ».

 

Il convient d’intégrer plus largement l’effet du changement climatique à la gestion des espèces.

R. Bertrand - Ecologue

En parallèle, des solutions pourraient être mises en place pour faciliter la migration des espèces. « On pourrait utiliser des techniques d'ingénieurie écologique, très coûteuses et très invasives, comme le déplacement par l'Homme des espèces, postule le scientifique. On pourrait également penser à un réseau de trames vertes et bleues, déjà bien répandues dans notre pays, mais qu'il faudrait planifier à l'échelle globale ».  Ces «  corridors », qui permettent le déplacement des espèces, devraient être associés à des réserves naturelles. En tout état de cause, « il conviendra d’intégrer encore plus largement l’effet du changement climatique à la gestion des espèces », conclut l’expert. 

* La migration est indispensable à la survie des espèces dites ectothermes (poissons, insectes, amphibiens, reptiles). Ne pouvant réguler leur température corporelle de manière physiologique - à la différence des espèces endothermes que constituent la plupart des mammifères - elles sont dépendantes des températures extérieures. En conséquence, elles doivent se déplacer pour s’adapter au changement climatique et retrouver les conditions favorables nécessaires à leur survie. Cette redistribution suit le déplacement des isothermes (lignes imaginaires de température) vers les hautes latitudes et hautes altitudes.