Fondation 30 Millions d'Amis

Fondation 30 Millions d'Amis
Faites un donFaire un don

Refuge "la Tuilerie" un havre de paix pour les animaux sortis de l'enfer


 €

Votre don ne vous coûte que
XXX après réduction fiscale

Covid-19

C'est en altérant la vie sauvage que l'Homme accroît le risque d'épidémies

En favorisant la promiscuité avec les animaux, la déforestation, l'élevage intensif et les marchés ouverts accélèrent la transmission de virus. ©AdobeStock

En précipitant le déclin de la biodiversité et les interactions avec les animaux, les activités humaines ont contribué à accentuer les risques d'épidémies. 30millionsdamis.fr revient sur la responsabilité de l'Homme dans la propagation des virus, qui ne pourra être évitée qu'au prix d'une prise de conscience mondiale.

60 à 65 % des maladies infectieuses seraient d'origine animale, selon une étude publiée en 2014 par Kates Jones, écologue à l'University College de Londres. Et pour cause, la faune sauvage abriterait 1,7 million de virus  ! Or, ces zoonoses devraient se multiplier dans les années à venir... par la faute de l'Homme.

La destruction de la biodiversité inciterait les virus à nous contaminer

L'intensification de l'agriculture, la construction des infrastructures, le développement des activités minières et l'urbanisation ont précipité la perte des surfaces forestières (Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, Rapport sur l'état mondial des forêts, 2016). Or, les forêts abritent une biodiversité riche et fragile. En détruisant les habitats naturels, la déforestation constitue donc une menace majeure pour les animaux sauvages dont la population diminue, voire disparaît. 

 

Nous perturbons les écosystèmes. C'est alors nous qui devenons les hôtes des virus.

David Quammen - Écrivain et scientifique

En perdant leur hôte naturel, les virus en cherchent un nouveau à infecter. « Nous envahissons les forêts tropicales et autres paysages sauvages qui abritent tant d'espèces animales et, en leur sein, tant de virus inconnus, confie au New-York Times David Quammen, écrivain spécialisé dans les sciences et la nature (28/01/2020). Nous perturbons les écosystèmes et nous débarrassons les virus de leurs hôtes naturels. Lorsque cela se produit, c'est souvent nous qui le devenons ». « Lorsque la biodiversité diminue (...) les pathogènes se transmettent plus fortement, ce qui augmente la probabilité qu'ils sautent chez l'Homme », ajoute sur 30millionsdamis.fr Benjamin Roche, chercheur en épidémiologie à l'Institut de recherche pour le développement. Et une fois que les virus ont franchi la barrière des espèces et se sont adaptés à l'organisme humain, nos sociétés modernes favorisent sensiblement leur propagation.

La promiscuité avec les animaux favorise la transmission des virus

La déforestation accroît le risque d'épidémies, non seulement au regard de la disparition des espèces qu'elle implique, mais également eu égard à la promiscuité qu'elle engendre. « La perturbation des forêts vierges rapproche les gens des espèces animales avec lesquelles ils n'avaient peut-être jamais été au contact auparavant, explique Kate Jones pour la revue Ensia (17/03/2020). Ce faisant, nous créons des habitats où les virus se transmettent plus facilement ».

De même, la généralisation de l'élevage intensif à travers la planète a largement favorisé la transmission des maladies. « Prenez H5N1, le virus de la grippe aviaire (...). C'est l'élevage industriel qui a créé les conditions de son succès, grâce à une concentration exceptionnelle d'oiseaux et une promiscuité des volatiles favorisant la transmission du virus, analyse François Renaud, chercheur en biologie au CNRS. En théorie, le virus aviaire n'est pas transmissible à l'Homme mais à force d'essayer, il finit par passer ». 

Enfin, les virus sont susceptibles de passer des animaux aux humains via les nombreux marchés, en Asie comme en Afrique, où de nombreux animaux sauvages sont abattus, découpés et vendus. « Ces marchés constituent le lieu idéal pour la transmission inter-espèces d'agents pathogènes », alarme Thomas Gillespie, Professeur en sciences de l'environnement à l'Université Emory aux Etats-Unis.

Une concertation mondiale et multidisciplinaire indispensable

Certes, le risque que des agents pathogènes passent des animaux aux humains n'est pas nouveau. Mais en réduisant les barrières naturelles entre les animaux hôtes du virus et nous-mêmes, les humains ont facilité la propagation des maladies. « La nature contient des menaces, c'est vrai, mais ce sont les activités humaines qui font des dégâts, résume Richard Ostfeld, scientifique émérite du Cary Institute of Ecostystem Studies à New-York. Le risque sanitaire dans un environnement naturel peut être aggravé quand on interfère avec. » 

 

La nature contient des menaces, c'est vrai, mais ce sont les activités humaines qui font des dégâts.

Richard Ostfeld - scientifique émérite

« Le drame actuel doit donc servir de modèle pour l'avenir, préconise François Renaud. L'Homme devra notamment repenser son mode de production de protéines ». « Il me semble que nos vivons, en ce moment, le dernier signal d'alerte de la faune sauvage, fustige Serge Morand, chercheur au CNRS (Marianne, 17/03/2020). Si nous ne préservons pas la biodiversité, les crises sanitaires vont se multiplier. Pour prévenir une prochaine crise comme celle-ci, il faut traiter les causes plutôt que de se retrouver encore et encore à en traiter les conséquences » . Mais pour ce faire, encore faudra-t-il mettre en place une concertation à la fois mondiale et interdisciplinaire, associant tant les professionnels de la santé que les spécialistes de l'écologie. Seule cette prise de conscience dessinera les contours d'un véritable changement de paradigme...