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Interview

Irène Frain : « Les animaux disent ce que nous sommes »

Dans son nouveau livre, "Je te suivrai en Sibérie" (Paulsen), Irène Frain part sur les traces d’une jeune Française émigrée en Russie au début du XIXe siècle et de son petit chien Kom. ©Irène Frain

Membre du jury du Prix littéraire 30 Millions d’Amis depuis de nombreuses années, l’écrivaine et journaliste Irène Frain confie à 30millionsdamis.fr sa perception de notre lien avec les animaux, mis en valeur par le lauréat du Prix littéraire 30 Millions d’Amis 2019 [Alexandre Siniakov, Détachez-les et amenez-les-moi, éd. Fayard].

Cette année encore, vous faisiez partie du jury du Prix littéraire 30 Millions d’Amis. Que pouvez-vous nous dire du lauréat, Alexandre Siniakov, et de son roman « Détachez-les et amenez-les-moi » (éd. Fayard) ?

J’étais très heureuse que cet auteur remporte le Prix. Alexandre Siniakov se place dans la lignée de tous ceux qui, dans l’Histoire de l’Occident, ont prôné le respect des animaux, tel Saint François d’Assise. Avec le jury, nous avons eu le plaisir de rencontrer l’auteur, qui ressemble à son livre : il émane de lui une authenticité, une sincérité tranquille et une humilité évidente. Il s’agit par ailleurs de quelqu’un de très savant, qui œuvre pour le rapprochement des religions. Un homme de paix ! Quant à son livre, il me semble que chacun peut s’y reconnaître, quelle que soit sa croyance. Dans un style limpide, il met en valeur la beauté du lien avec l’animal.

Il se trouve qu’Alexandre Siniakov est d’origine russe. Cela fait-il écho à votre nouveau livre « Je te suivrai en Sibérie » (éd. Paulsen), pour lequel vous êtes vous-même partie sur les traces d’une jeune Française émigrée en Russie au début du XIXe siècle ?

C’est en effet un hasard ! J’en ai discuté avec l’auteur, qui m’a dit qu’il existait en Russie des mouvements de pensée analogues à celui de Saint François d’Assise en faveur des animaux. L’ouvrage que j’ai écrit est consacré à une extraordinaire femme, Pauline, qui part en Russie pour devenir vendeuse de mode à Moscou. Elle y rencontre l’amour de sa vie, Ivan Annenkov, un riche aristocrate. Lorsque celui-ci est déporté en Sibérie pour avoir comploté contre le tsar, elle part sur ses traces, accompagnée de son petit chien adopté à Paris. Son nom, Kom, signifie « boule de neige » en russe.

Ce petit chien a-t-il un rôle clé dans l’histoire vraie que vous relatez ?

Au moment de partir en Russie pour y travailler, Pauline va faire ses adieux à sa mère, un personnage tout à fait odieux, qui lui fait une scène. Pour la calmer, sa fille lui offre son bichon. Quelques jours plus tard, alors qu’elle s’apprête à prendre le bateau, Pauline voit arriver son frère, chargé de lui remettre le chien qui, entre les mains de cette élégante qui n’aime qu’elle-même, a dépéri. Lorsque le petit Kom voit Pauline, il lui saute dans les bras ! La jeune femme en prendra grand soin, y compris tout au long de son périple jusqu’en Sibérie, ce qui n’a pas dû être facile. Au moment des retrouvailles entre les amoureux, le chien jouera un rôle de lien, je dirais presque… de téléphone !

Ce lien exceptionnel entre Pauline et son chien révèle-t-il quelque chose d’universel dans notre relation aux animaux ?

Les animaux nous décrivent, ils disent ce que nous sommes. C’est ainsi pour Pauline, que Dostoïevski a décrite comme une personne merveilleuse : elle et Kom étaient très complices. En face de tout cet amour que diffusait la jeune femme, le chien était lui-même plein d’amour. Quand je suis arrivée au fin fond de la Sibérie, j’avais noté sur mon téléphone : « avoir une pensée pour le petit Kom ». Un engagement que j’ai tenu, avec beaucoup d’émotion !