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Interview

A. Desarthe : "Je me sens peu d'affinités avec les chasseurs !"

Agnès Desarthe vient de recevoir le Prix Littéraire 30 Millions d’Amis pour « Une partie de chasse » (Ed. de l’Olivier). Elle revient, pour 30millionsdamis.fr, sur le thème de son ouvrage et son regard porté sur les animaux.

Agnès Desarthe

Fondation 30 Millions d’Amis : Quelques jours après la remise du Prix Littéraire 30 Millions d’Amis, quel est votre sentiment ?
Agnès Desarthe :
Je suis charmée ! Je me rappelle une émission au cours de laquelle Didier Decoin [membre du jury du Prix Littéraire 30 Millions d’Amis, NDLR] présentait son chat, un siamois je crois. C'était il y a bien longtemps. J'avais beaucoup aimé : je voulais être écrivain et je me disais que plus tard, j'aurais, moi aussi, un chat. Aujourd'hui, j'écris, j'ai eu deux chats et je n'en ai plus qu'un... Le regard des animaux, leur présence muette, et la part que je leur accorde, en particulier dans mes livres pour enfants, me rend particulièrement sensible à ce « Goncourt des animaux ».
 
F30MA : Dans votre roman, vous confiez une partie de la narration à un lapin de garenne... Pourquoi ce choix ?
A.D. :
Quand j'ai compris que mon roman se déroulerait dans le cadre d'une partie de chasse, je me suis demandé quel point de vue j'allais adopter. Je me sentais peu d'affinités avec les chasseurs. Dès que j'ai eu l'idée de donner la parole à la proie, l'écriture s'est libérée. J’étais en accord parfait avec l'animal, dans sa terreur, dans sa fuite. Je marche beaucoup, seule dans la nature et j'ai eu la chance de pouvoir observer les bêtes de près. C'est un privilège. Et une leçon inoubliable.
 
F30MA : L’histoire se déroule, comme l’indique le titre, au cours d’une partie de chasse. Quel regard portez-vous sur ce que d’aucuns considèrent comme un loisir cruel ?
A.D. :
Un regard curieux, au sens où j'ai envie de comprendre ce qui anime ces personnes qui ne me ressemblent pas. Je ne souhaite pas porter de jugement. Ce n'est pas le rôle du romancier. Je sais - et c'est un paradoxe stupéfiant - que parmi les chasseurs, nombreux sont ceux qui disent aimer la nature et les animaux. C'est troublant. Et c’est choquant. Pour moi, cela pose une véritable question sur notre capacité à envisager l'autre dans toute sa différence.

F30MA : A quels autres combats en faveur de la protection animale êtes-vous sensible ?
A.D. :
A l'instar d’Isaac Bashevis Singer, de Jonathan Safran Foer ou d’Elisabeth de Fontenay, je ne conçois pas que l'on pense les droits de l'homme sans penser les droits de l'animal, et inversement. Nos destins sont indissociables. Au cours de l'histoire de l'humanité, certaines populations ont été décimées par d'autres, ou même anéanties au même titre que des bêtes, ou des nuisibles. L'histoire de la barbarie humaine est malheureusement fort longue et revêt des formes variées. Pour moi et pour les auteurs que j'ai cités, la cruauté envers les animaux est une des formes que prend la haine de soi, la haine du vivant.
 
F30MA : A quel organisme allez-vous reverser le chèque de 1000 euros alloué dans le cadre du Prix Littéraire ?  
A.D. :
Je me suis décidée pour une association visant à protéger les abeilles, dont la disparition me paraît très inquiétante. Je vais prendre le temps de m’informer sur les organismes qui s’en préoccupent. C'est un geste sérieux, que je n’exécuterai pas à la légère ! 

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Photos : © Fondation 30 Millions d'Amis - Patrice Normand