Dans l'Oise, une dérogation permet aux chasseurs d'abattre des sangliers, des cervidés, des lapins de garenne, des renards et plusieurs espèces d'oiseaux. ©Chopard Photography /Adobe Stock
La préfète de l'Oise a interdit la chasse dans deux communes de son département, où cette pratique était jusqu'alors autorisée par dérogation sous couvert de « régulation ». En cause, des « manquements graves aux règles sanitaires », les chasseurs ayant organisé des repas collectifs ainsi qu'un « bar ouvert avec distribution d'alcool ». La Fondation 30 Millions d'Amis demande l'annulation des dérogations faites aux chasseurs.
Pendant qu'une majorité de Français conjugue patience et prudence en respectant le confinement, certains chasseurs, eux, font bombance ! Le samedi 14 novembre 2020, à Grandru et à Morienval (60), la « régulation » de la faune sauvage dans « l'intérêt général » a pris une allure ostensiblement festive. « La préfète de l'Oise a pris connaissance avec consternation de deux manquements graves aux règles sanitaires rapportés par des inspecteurs de l'Office français de la biodiversité [...], des regroupements avec repas collectifs et bar ouvert avec distribution d'alcool, sans respect des mesures-barrières et notamment de l'obligation du port du masque », a indiqué la préfecture dans un communiqué cité par l'AFP (18/11/2020).
Suite à ce signalement effarant, la préfète de l'Oise, Corinne Orzechowski, a donc décidé d'interdire « de pratiquer tout type de chasse, même de régulation de la faune sauvage » dans les deux communes concernées, rappelant que les indicateurs de l'épidémie restaient « préoccupants » avec, au 13 novembre, « des taux [...] d'occupation totale en réanimation de 82 % dans la région ». Quelques jours plus tôt, la chasse avait été autorisée dans le département par arrêté préfectoral (6/11/2020), seules les espèces classées « susceptibles d'occasionner des dégâts » – sangliers, cervidés, lapin de garenne, pigeon ramier, renard, pie bavarde, corbeau freux, corneille noire et étourneau sansonnet – pouvant être abattues.
Les dérogations au confinement afin de pratiquer la chasse dans « l'intérêt général » – rendues possibles par une décision de la secrétaire d'État chargée de la biodiversité, Bérangère Abba – prohibent strictement les repas ainsi que les « regroupements en dehors de l'action de chasse ». Force est de constater que cet aspect n'a pas été pris en compte par les chasseurs isariens ! « Sous couvert d'intérêt général, on permet aux chasseurs de s'adonner à la chasse de loisir », a réagi Me Matthieu Victoria, avocat de la LPO et de l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), cité par l'AFP. Les deux associations ont déposé des recours contre les arrêtés dérogatoires autorisant la chasse devant les tribunaux administratifs de 23 départements*.
Sous couvert d'intérêt général, on permet aux chasseurs de s'adonner à la chasse de loisir.
Me Matthieu Victoria, avocat de la LPO et de l'Aspas
« Autoriser la chasse à la battue implique par nature des regroupements, interdits par les restrictions sanitaires », estime Me Victoria. Outre le risque sanitaire inhérent à la pratique cynégétique, la LPO s'inquiète également du nombre important d'espèces concernées par les arrêtés. Si les sangliers, cerfs et daims sont visés « un peu partout en France », d'autres départements vont encore plus loin en ciblant les chamois (Haut Rhin, Haute Saône), les mouflons (Lozère, Hérault), les renards, les blaireaux (Territoire de Belfort), les pigeons ramiers (Lot-et-Garonne), les corneilles, ou encore, les cormorans pourtant protégés (Charente, Loire Atlantique, Maine-et-Loire et Haute-Vienne). « Tout aussi inacceptable, des espèces qui n'étaient pas jugées comme susceptibles de causer des dégâts à cette époque de l'année, faute de semis par exemple, le deviennent sous le coup de cette crise sanitaire. C'est le cas du pigeon ramier », s'indigne l'association par communiqué (18/11/2020).
Pour la Fondation 30 Millions d'Amis, les « débordements » constatés dans l'Oise devraient conduire les autorités à suspendre toutes les dérogations accordées aux chasseurs, et ce, dans l'ensemble des départements français où celles-ci ont été accordées. Alors que le motif de la « régulation » ne tient pas – eu égard à l'élevage de dizaines de milliers d'animaux relâchés pour être tués ainsi qu'à l'agrainage destiné à entretenir un « stock » de sangliers – il ne fait désormais aucun doute que la motivation des chasseurs est bien celle du « loisir », qui ne saurait en aucun cas justifier des dérogations au confinement national.
*Aisne, Ardennes, Aube, Calvados, Charente, Corrèze, Creuse, Eure, Indre-et-Loire, Loire-Atlantique, Lot-et-Garonne, Lozère, Maine-et-Loire, Marne, Mayenne, Meurthe-et-Moselle, Nord, Haut-Rhin, Haute-Saône, Sarthe, Seine-Maritime, Haute-Vienne, Territoire de Belfort
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