Vendre, revendre ou acheter de l’ivoire est désormais interdit selon une annonce de la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal. La Fondation 30 Millions d’Amis salue ce premier pas dans la lutte contre le trafic d’espèces menacées.
Au cours de la plus grande cérémonie de destruction d’ivoire organisée au Kenya (30/04/2016), la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a annoncé l’interdiction de tout «
commerce d’ivoire sur le territoire français, sauf dérogation exceptionnelle ». Une mesure qui répond à la demande de certains états africains qui tentent de lutter contre le braconnage. «
Personne n'a de commerce à faire avec l'ivoire, car ce commerce est synonyme de mort. » a intimé le président de la République du Kenya, Uhuru Kenyatta.
Lutter contre le trafic d’espèces
Cette mesure vient compléter un dispositif déjà engagé par Ségolène Royal en matière de lutte contre le braconnage et le trafic des espèces menacées, à la demande des associations de protection animale.
En janvier 2015,
37 ONG avaient réclamé l'interdiction de la commercialisation d’ivoire brut et son exportation depuis la France. Une demande qui a reçu un avis favorable de la ministre, qui souhaitait même «
aller plus loin ». Elle prévoit notamment une coopération renforcée entre les services du ministère de l’Environnement et les douanes afin de mieux lutter contre la fraude. Ségolène Royal envisage également de faire appel aux autres Etats membres de l’Union européenne pour interdire à leur tour les exportations d’ivoire brut, comme le font déjà notamment l’Allemagne, la Suède et le Royaume-Uni.
La Fondation 30 Millions d’Amis salue donc ce premier pas du gouvernement qui participe à la lutte pour la préservation des espèces menacées. Chaque année, entre 25 000 et 30 000 éléphants d’Afrique sont abattus pour le commerce de l’ivoire selon des données de l’association IFAW. La population restante des éléphants d’Afrique est estimée à 500 000 (selon des données de l’association Save the Elephants) ce qui signifie que les éléphants d’Afrique auront disparu d’ici 16 ans si le braconnage persiste.
Les volumes d’ivoire saisis sont malheureusement sans cesse en hausse dans le monde : 23 tonnes ont été confisquées en 2011, contre 38 en 2012 et 41 tonnes en 2013. Par ailleurs, 55 tonnes ont été saisies en 2014 et 32 tonnes en 2015 (données IFAW).
Personne n'a de commerce à faire avec l'ivoire, car ce commerce est synonyme de mort.
Uhuru Kenyatta
Un commerce mieux encadré
En France, le commerce de l’ivoire est déjà strictement encadré depuis 1990. Il est limité aux pièces datant d'avant 1947 et considérées comme des antiquités, ou à des pièces et morceaux bruts entrés dans l'Union européenne avant 1990. Pour pouvoir faire commerce de ces pièces, les vendeurs doivent produire un certificat intra-communautaire, délivré par l'Etat, prouvant que l'ivoire est entré légalement sur le territoire et qu'il répond aux critères d'ancienneté.
Avec cette nouvelle mesure qui concerne principalement les ventes aux enchères, la France ne délivrera plus de certificats qui permettent de vendre, dans les conditions actuelles, ces pièces-là. Le travail des douanes sera facilité puisque les certificats deviennent inutiles.
Les seules dérogations possibles devraient concerner principalement les morceaux destinés à la rénovation d'œuvres d'art ou d'instruments de musique.
Le marché de l’ivoire
En Afrique, 38 pays disposent d'une population d'éléphants. Pour 34 d’entre eux, le commerce international de l’ivoire est totalement interdit. Mais dans les quatre autres - Namibie, Botswana, Afrique du Sud et Zimbabwe - les stocks d’ivoire provenant obligatoirement d’animaux abattus ou morts de causes naturelles, sont disponibles sur le marché légal. Cette différence provient du classement de la CITES des populations d’éléphants : classés en Annexe I [en voie d’extinction, ndlr] pour les pays où le commerce de l’ivoire est totalement proscrit et en Annexe II [espèce menacée, ndlr] pour les pays où le commerce de l’ivoire est « partiellement » autorisé. Une subtilité qui conduit de nombreux états dont la population d’éléphants est classée en Annexe I à souhaiter rejoindre le petit groupe de pays dont les pachydermes sont classés en Annexe II, afin de pouvoir faire à leur tour commerce de leur ivoire.
L'interdiction définitive du commerce de l'ivoire dans le monde sera à l'ordre du jour de la prochaine convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), qui doit se tenir à Johannesburg, en Afrique du Sud, du 24 septembre au 5 octobre 2016.
Commenter
Vous souhaitez déposer un commentaire dans cette liste de discussion ? Pour ce faire, il faut vous créer un compte. La création de compte est GRATUITE : Créez votre compte ou bien identifiez vous.
8 commentaires