Si la population d’ours augmente dans les Pyrénées, sa diversité génétique inquiète d’après un bilan annuel publié le 26 mars 2026 par l'Office français de la biodiversité (OFB). Notamment à cause de la consanguinité. Le point de 30millionsdamis.fr.
Mitigé. Alors que la population d'ours continue d'augmenter, avec « un minimum de 108 individus différents sur l'ensemble des Pyrénées en 2025 », elle subit un appauvrissement de sa diversité génétique, si l’on en croit un bilan annuel dévoilé par l'Office français de la biodiversité (OFB). À cette hausse progressive « sur le plan démographique », il faut déplorer une progression « de la consanguinité au cours des dernières années et une faible diversité génétique dans la population actuelle », conclut l'OFB, qui coordonne en France le Réseau ours brun.
Une population vulnérable en raison d’une très faible diversité de fondateurs
En 2024, l'OFB estimait qu'il y avait au moins 107 ours dans le massif qui couvre la France, l'Espagne et Andorre, selon le dernier décompte établi avec différentes méthodes de suivi, comme l'analyse génétique d'échantillons de poils et de crottes. Le taux d'accroissement moyen annuel de la population de l'animal entre 2006 et 2024 « est estimé à +11,53 % pour l'ensemble des Pyrénées ». En 2025, un minimum de 6 portées totalisant 8 oursons ont été détectées.
Dans les années 1990, alors que l'espèce était menacée et qu'il ne restait qu'une poignée de spécimens dans la chaîne montagneuse, une campagne de réintroduction d'ours bruns originaires de Slovénie a été lancée. Mais leur présence, qui s'étend sur le long terme malgré un léger recul de la surface occupée ces deux dernières années, est contestée par des éleveurs de bovins et d'ovins, qui se plaignent des prédations durant la période estivale quand le bétail se trouve dans les hauts pâturages.
D’autres données attendues à la fin 2026
Depuis plusieurs années, les associations mobilisées pour la défense de l'ours dans les Pyrénées regrettent le silence des pouvoirs publics quant à de nouveaux lâchers d'ours. L'association française Pays de l'Ours-Adet a commandé une expertise à un laboratoire privé indépendant, qui conclut que « malgré une croissance numérique encourageante ces dernières décennies, la population demeure génétiquement vulnérable en raison de son origine issue d'un nombre très restreint de fondateurs slovènes et de la disparition récente des derniers individus d'origine pyrénéenne ».
L'État a commandé sa propre étude, dont les résultats complets sont attendus à la fin 2026. Mais des premiers éléments « montrent que la consanguinité impacte négativement les premiers stades de la vie des ours (réduction de la taille des portées et de la distance de dispersion natale, baisse de la survie des oursons des mères les plus consanguines) et pourrait altérer le succès reproducteur des individus », indique l'OFB dans son bilan.
« Plutôt que d'assouplir les possibilités d'interventions sur les ours, l'État ferait mieux de renforcer les efforts de conservation. »
Lorène Jacquet
Le nouveau protocole d’intervention sur les ours présentant un comportement anormal ou dangereux, récemment dévoilé par l’État, inquiète également les associations quant à la survie de l’espèce. Entre termes et interprétations flous, manque de dialogue avec les ONG, ces dernières craignent un impact négatif sur une population déjà fragilisée. « Plutôt que d'assouplir les possibilités d'interventions agressives sur les ours, l'État ferait mieux de préserver et renforcer les efforts de conservation jusqu'à présent mis en œuvre pour réintroduire et développer la population de cette espèce menacée », conclut Lorène Jacquet, responsable Campagnes et Plaidoyer de la Fondation 30 Millions d'Amis.
(Avec AFP)
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