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Le nouveau protocole d’intervention sur les ours dévoilé par l’État inquiète les associations

Il y aurait environ 104 ours dans les Pyrénées entre la France et l’Espagne, d’après Ferus. /©AdobeStock

Début mars 2026, les services de l’État ont publié un nouvel arrêté concernant les interventions sur les ours présentant un comportement anormal ou dangereux. Des modifications rendant les choses plus floues et mettant en péril l’espèce, d’après plusieurs associations de protection animale. 30millionsdamis.fr a échangé avec ces défenseurs d’animaux.

Un recul de l’Administration pour la protection des ursidés ! L’État a publié le 5 mars 2026 un nouvel arrêté concernant la deuxième étape du protocole « Ours présentant un comportement anormal ou dangereux ». Celui-ci est censé donner des directives pour une meilleure réactivité face à des situations jugées dangereuses, présentant un risque pour la sécurité publique. Des modifications allant à l’encontre de la protection de l’espèce, pour différentes associations de protection animale.

« C’est flou ! »

« Qu’est-ce qu’un comportement anormal, se demande Alain Reynes, directeur de l’association Pays de l’Ours, contacté par 30millionsdamis.fr. Il y a déjà eu des divergences d’interprétation entre l’Administration et nous par le passé, et là ce texte est encore moins précis que ne l’était le précédent. S’il suffit de décréter qu’il y a un comportement anormal pour pouvoir intervenir, c’est le risque d’interventions absolument pas justifiées. » Les termes « familier » et « agressif » mentionnés dans l’arrêté entretiennent un certain flou qui inquiète également les défenseurs d’animaux.

 

« Ce sont juste des comportements naturels. »

Richard Holding, chargé de communication à l'ASPAS

« C’est très subjectif, confirme Richard Holding, chargé de communication à l'Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS). Il y a par exemple le cas de la femelle suitée qui va avoir un comportement de défense de ses petits, ou encore celui où l’on surprend un ours qui ne nous a pas entendu arriver. Il va alors se dresser sur ses deux pattes arrière, et faire peur à quelqu’un… » Des situations qui, selon lui, peuvent donner lieu à des signalements du type « attention j’ai vu un ours dangereux, faites quelque chose ». « Ce sont juste des comportements naturels. Il faut vraiment être absolument sûr que ce soit un ours qui ait un comportement déviant avant d’aller jusqu’à lui tirer dans les fesses avec une balle en caoutchouc… »

L’ASPAS pointe du doigt l’élargissement du conditionnement aversif par rapport à la précédente réglementation. Notamment aux ourses accompagnées de leurs oursons, une chose « très dangereuse pour l’espèce car la femelle suitée peut s’enfuir et délaisser ses oursons orphelins », précise Richard Holding. « Si l'intervention a lieu sur une femelle suitée, les agents sont attentifs à une éventuelle séparation des oursons de leur mère », précise l’arrêté. « Ça veut dire quoi être attentif, interroge Alain Reynes. L’agent est censé faire quoi ? Il effarouche ? Il n’effarouche pas ? C’est flou ! »

L’état de conservation de l’espèce déjà fragile

Autre élargissement dénoncé : le conditionnement aversif s’appliquerait désormais « sur tout individu de gabarit semblable à l'ours visé, et qui présenterait un comportement similaire à celui ayant justifié le déclenchement de l'intervention », prévoit le texte. « Cela veut dire qu’ils peuvent potentiellement tirer sur le mauvais ours… », s’alarme l’Aspas. Le non-remplacement d’ours retiré inquiète également les associations. « Avant, dans le protocole “ours à problème”, lorsqu’il y avait un retrait d’ours (ndlr, abattage ou mise en captivité), l’État en lâchait un nouveau, rappelle Patrick Leyrissoux, vice-président de Ferus. Là, ce n’est pas mentionné. » Un manquement préjudiciable à l’état de conservation de l’espèce, déjà affectée par des problèmes de consanguinité. Il y aurait environ 104 ours dans les Pyrénées entre la France et l’Espagne, d’après Ferus.

 

« Il est vrai qu’il y a des moments où il faut réviser les choses. Mais parfois c’est sous la pression de lobbies. »

Alain Reynes, directeur de l’association Pays de l’Ours

La préservation de la biodiversité est loin de connaître son âge d’or en France, comme en témoigne notamment la récente annonce de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, sur la hausse de 10 % du nombre de loups pouvant être éliminés légalement chaque année. Le canidé a d’ailleurs été déclassé au niveau européen, passant d’espèce « strictement protégée » à simplement « protégée ». La Fondation 30 Millions d’Amis craint que le même sort soit réservé, dans les prochaines années, à d’autres espèces protégées et dont la survie est menacée, comme l’ours ou le lynx.

« En totale contradiction avec les avis scientifiques en la matière, le gouvernement français a activement plaidé, au niveau européen, pour réduire la protection et donc faciliter l’abattage du loup, une espèce menacée et dont la population s’est récemment reconstituée en France. Assouplir les conditions d’effarouchement et donc d’intervention sur les ours après avoir fait régresser le statut du loup envoie un signal préoccupant pour l’avenir de la protection de cette espèce menacée et dont la réintroduction a nécessité des efforts considérables », s’inquiète Lorène Jacquet, responsable Campagnes et plaidoyer de la Fondation 30 Millions d’Amis.

Aucun dialogue avec les associations

« Il est vrai qu’il y a des moments où il faut réviser les choses, reconnait Alain Reynes. Mais parfois c’est sous la pression de lobbies, notamment agricoles qui demandent à assouplir les conditions d’intervention. Dans les cas d’urgence, nous sommes d’accord, il faut aller vite. Mais là, on pouvait plus prendre le temps. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. » Enfin, tous regrettent une chose, le manque de dialogue avec les associations. Aucune discussion n’aurait été engagée avec elles dans la modification de ce protocole.

« Dans les versions précédentes, il était explicitement mentionné que les associations environnementales étaient consultées et faisaient partie du groupe qui devait gérer ces situations, or ces termes ont disparu, il n’est plus question que de partenaires locaux », regrette Alain Reynes. Un flou qui ouvrirait la porte à des interventions sans toute la concertation nécessaire. « C’est un peu dommage, avant on discutait davantage, maintenant ça ressemble de plus en plus à des passages en force », ajoute Patrick Leyrissoux.

Contactés, les rédacteurs de ce protocole n’ont pas répondu aux sollicitations de 30millionsdamis.fr. Alain Reynes, directeur de l’association Pays de l’Ours, envisage de son côté de contester cette décision administrative dans les prochaines semaines.