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Faune

Réintroduction de 3 Gypaètes barbus dans le Parc national des Cévennes

Le Gypaète barbu est menacé en France. Ce "nettoyeur de la nature" est pourtant essentiel à notre biodiversité. ©Bruno Berthemy / LPO

Pour renforcer les populations françaises de cette espèce menacée, trois jeunes Gypaètes barbus sont présentés au public le 6 mai 2019 à Meyrueis (Lozère), avant d’être relâchés. Pascal Orabi, chef de missions à la LPO, revient pour 30millionsdamis.fr sur l’importance de ces vautours emblématiques – malheureusement persécutés – dont le rôle d’équarrisseur naturel est si précieux...

« C’est une belle année qui s’annonce pour les lâchers d’oiseaux, confie Pascal Orabi à 30millionsdamis.fr. Sauf incident, nous devrions pouvoir réintroduire 7 à 9 oiseaux en 2019 », se réjouit le chef de missions à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Une bonne nouvelle pour ce rapace classé ''En danger'' (EN) sur la Liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine (2016).

Avec son envergure de près de trois mètres – ce qui en fait l'un des plus grands rapaces européens, son plumage teinté d’orange sur la tête et le ventre, ses yeux entourés de rouge et sa « barbe » noire, le Gypaète barbu se distingue en premier lieu par ses habitudes alimentaires. Ce charognard se nourrit des os de carcasses d’ongulés sauvages et domestiques (bouquetin des alpes, mouflon, bouquetin ibérique, brebis…), qu’il emporte avec lui dans le ciel et qu’il laisse tomber à plusieurs dizaines de mètres au-dessus des rochers. Par ce comportement spectaculaire, il parvient à briser les os trop volumineux pour être avalés.

Un corridor entre les Alpes et les Pyrénées

Issus d’élevages espagnols et âgés d’environ 3 mois, trois Gypaètes barbus relâchés le 6 mai 2019 ont été baptisés par des élèves à l’issue d’un projet pédagogique visant à mieux connaitre ces vautours, lors de leur présentation au public par les agents de la LPO et du Parc national des Cévennes. Equipés de balises GPS pour un suivi à distance, bagués et marqués, « Europe », « Lauza » et « Monna » vont être déposés sur le "taquet", leur site de libération. « Des équipes de surveillance seront présentes de manière constante, et elles noteront tout : la façon dont ils s’alimentent, mais aussi les interactions entre eux, explique Pascal Orabi. Car nous libérons toujours plusieurs oiseaux en même temps, ce qui permet de les stimuler ». Dans quelques semaines, les vautours prendront spontanément leur envol.

En 2018, une soixantaine de couples de Gypaètes barbus cantonnés (installés sur un territoire, NDLR) et potentiellement reproducteurs, ont été dénombrés en France. « Nous observons que les oiseaux se déplacent sur le corridor entre les Alpes et les Pyrénées, ce qui est précisément l’objectif, se réjouit Pascal Orabi. Contrairement aux premiers lâchers en 2012, où les Gypaètes émancipés étaient allés s’installer ailleurs, on constate aujourd’hui un cantonnement de 4 à 7 individus [dans le Massif Central]. C’est très bon signe pour assurer une véritable reconnexion entre les deux populations ».

Des échanges génétiques entre celles-ci seront en effet essentiels pour assurer l’avenir de l’espèce à l’échelle continentale.

Danger d’empoisonnement

« L’année dernière, des cas d’empoisonnements nous ont empêché de relâcher des Gypaètes », se souvient néanmoins le chef de missions. « Durzon », un oiseau relâché en Aveyron en mai 2017, avait ainsi été retrouvé mort début 2018, empoisonné au carbofuran, un pesticide interdit en France qui sert d’appât pour éliminer les prédateurs tels que le loup. D’autres grands rapaces comme les Vautours fauve, moine et percnoptère sont également victimes de graves intoxications.

Du poison menace les vautours. ©LPO

« Les gens n’ont pas forcément conscience du danger que cela représente, s’inquiète Pascal Orabi. Il suffit d’une infime quantité de carbofuran pour tuer un enfant s’il touche un cadavre puis porte ses mains à sa bouche. Pourtant, on est sur une pratique qui perdure. » Une menace autant pour la santé publique que pour la faune sauvage et domestique.

La survie de chaque individu est cruciale

Outre le poison qui constitue pour eux la menace principale, les Gypaètes barbus doivent faire face au danger des câbles électriques, causes de percussions et d’électrocutions, ainsi qu’aux tirs. « Lorsque nous récupérons des oiseaux blessés ou morts, ils portent souvent des plombs en eux, déplore Pascal Orabi. C’est une espèce qui fait l’objet de persécutions historiques. Malheureusement, beaucoup d’affaires sont classées sans suite, ou bien les coupables écopent d’amendes dérisoires ». Pourtant, la loi est claire : toute destruction d’espèce protégée est passible de 150 000 euros d’amende et de 2 ans d’emprisonnement.

« Les populations de Gypaètes barbus ont des effectifs si faibles que toute perte d’individu peut avoir des conséquences dramatiques pour les populations », tient à souligner Pascal Orabi. Les couples cantonnés, qui ne se reproduisent pas avant l’âge de 7 à 8 ans, produisent moins d’un descendant tous les trois ans en moyenne. Or, la disparition de ces "nettoyeurs de la nature" serait terrible pour les écosystèmes.

Le Plan national d’actions (2010-2020) à l’échelle française ainsi que le programme européen LIFE Gypconnect devraient permettre de poursuivre les efforts afin de sauver ce mythique et majestueux « casseur d’os ». Le 3 juin 2019, deux jeunes Gypaètes seront à leur tour réintroduits dans le Massif Central.

Commenter

  1. nathvds 12/05/2019 à 21:05:36

    Ces oiseaux sont magnifiques et de plus ils jouent un rôle important dans la nature. Merci à ceux qui s'impliquent dans ces projets !