Une corrida programmée samedi prochain à Mimizan (Landes), ville où il s'agit d'une nouveauté, pourrait souligner la faiblesse des armes des anti-corrida, entre une jurisprudence vague et figée, et un législateur politiquement frileux à l'idée de s'attaquer à ces spectacles.
BORDEAUX, 22 août 2011 (AFP) - Une corrida programmée samedi prochain à Mimizan (Landes), ville où il s'agit d'une nouveauté, pourrait souligner la faiblesse des armes des anti-corrida, entre une jurisprudence vague et figée, et un législateur politiquement frileux à l'idée de s'attaquer à ces spectacles.
L'article 521-1 du code pénal punit de deux ans de prison et 30.000 euros d'amende les sévices sur animaux, à deux exceptions près, les corridas et les combats de coqs, respectivement "lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée" et "dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie". Les anti-corrida voudraient voir interpréter l'expression "tradition locale" dans le sens restreint de "localité", comme pour les coqs. Ainsi, s'il n'y a jamais eu de corrida à Mimizan, on ne pourrait en créer une.
Mais la Cour de cassation n'a jamais accepté de définition aussi précise, acceptant tout au plus la notion "d'ensemble démographique", vague aussi. "On est dans un débat d'interprétation, la +tradition locale+ est une auberge espagnole", constate Me Patrice Grillon, avocat des associations (de défense des animaux) Stéphane Lamart et SNDA, opposées avec une quinzaine d'autres à la corrida de samedi. Me Grillon envisage d'attaquer la mairie devant le tribunal administratif pour empêcher le spectacle. Laurent Ignacel, 2e adjoint au maire, reconnaît que la notion de "tradition locale" est "très floue". Mais il observe qu'en l'état du droit, "la longue tradition de passion pour la tauromachie" dans les Landes plaide pour la corrida de samedi. "On a consulté tout le monde (avant de louer les arènes), et personne ne nous a dit que c'était illégal", remarque-t-il, hormis les anti-corrida.
Gérard Charollois, président de la Convention vie et nature et vice-président du tribunal de grande instance de Périgueux, espère que la Cour de cassation aura un jour "une lecture plus rigoureuse" de l'article 521-1. "Mais je préfère demander une modification de la loi plutôt que de m'arc-bouter sur son interprétation", explique-t-il. Rien de plus simple en théorie : il suffit de supprimer le paragraphe qui justifie certaines corridas et combats de coqs pour rendre ces spectacles illégaux. Des propositions de loi en ce sens ont été déposées par des sénateurs et députés de tous bords, qui soulignent qu'en Espagne, berceau de la corrida, la Catalogne a prévu de l'abolir l'an prochain. Mais Geneviève Gaillard, députée PS des Deux-Sèvres, auteur d'une de ces propositions, relève qu'elles ne sont jamais inscrites à l'ordre du jour par manque d'intérêt ou "crainte de ne pas se faire réélire" des autres élus. "Il n'y a aucune perspective pour l'instant", reconnaît-elle.
Rien à attendre non plus du gouvernement : le ministère de la Culture a accepté en janvier l'inscription de la tauromachie au patrimoine culturel immatériel de la France, au même titre que la tarte Tatin. Entre pro et anti, le débat se radicalise. En juillet André Viard, président de l'Observatoire des cultures taurines (pro-corrida) a soupçonné les anti de l'incendie criminel de sa maison des Landes. L'éleveur gersois des futurs toros de Mimizan, Jean-Louis Darré, a déclaré à la Dépêche avoir été menacé de mort. Et sur le terrain, les manifestations font peu recette. "Les animaux ne sont pas la préoccupation majeure des gens", pourtant majoritairement opposés à la corrida, remarque Mme Gaillard.
Au pire, se consolent les amis des animaux, la corrida disparaîtra d'elle-même. Dans "cinq à dix ans" pour Me Grillon, "50 ans maximum" pour M. Charollois. "Ce n'est plus une distraction du XXIe siècle", conclut Mme Gaillard.
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