Avec l’appui des services de l’État et des autorités, la Fondation 30 Millions d’Amis a pris en charge 76 chevaux détenus par un éleveur dans la Meuse. La majorité des équidés ont été découverts la peau sur les os, et avec de nombreuses carences énergétiques. Des cadavres ont également été retrouvés sur les lieux. La préfecture a ouvert une enquête.
Lors d’une opération de contrôle dans un élevage à Commercy (Meuse) en mars 2026, les services vétérinaires de l’Etat – accompagnés des gendarmes, du sous-préfet de la Meuse et du procureur de la République de Bar-le-Duc - ont découvert près de 80 chevaux laissés dans un état très dégradé, répartis dans plusieurs box et hangars remplis de fumier et avec une faible quantité de nourriture à disposition. Parmi eux, des poulains âgés de moins d’un an souffraient d’une maigreur inquiétante, impactant leur croissance. « Les chevaux présentaient des signes de maltraitance : ventre bombé, poil long, infection type nécrose… De même que les poulains et également les pouliches sur le point de mettre bas. Des squelettes ont également été retrouvés sur les lieux », décrit la préfecture de la Meuse.
La situation nécessitait de toute évidence une intervention d’urgence. C’est pourquoi la préfecture a sollicité l’aide de la Fondation 30 Millions d’Amis, afin d’ « assurer la prise en charge des animaux sur le long terme », a-t-elle indiqué sur son compte Facebook. Car, à quelques jours près, « plusieurs de ces chevaux seraient morts », insiste Laetitia Bos, directrice de la Ferme des Aubris (Cher), le plus grand refuge de France pour équidés victimes de maltraitance.
Des chevaux affamés dissimulés dans un pré
Car, en plus de leur maigreur alarmante, ces chevaux vivaient dans l’insalubrité. Manque de foin et d’hygiène, la quasi-totalité des équidés étaient enfermés en « troupeaux » dans un hangar. « Cela provoquait des agressions entre les chevaux, principalement à cause du manque de nourriture, explique la directrice du refuge 30 Millions d’Amis des Aubris. Chez les chevaux, il y a les dominants et dominés. Les dominants peuvent se battre entre eux pour la nourriture, tandis que les dominés restent au fond du box et ne mangent pas. » Une négligence qui aurait pu mener au décès des équidés si la Fondation 30 Millions d’Amis et les autorités n’étaient pas intervenus : « Ça aurait pu durer des semaines, jusqu’à ce que mort s’en suive », réagit Laetitia Bos.
L’éleveur les laissait mourir plutôt que (...) les sauver !
Laetitia Bos, directrice des Aubris
D’autres équidés ont été retrouvés au fond d’un pré, alors que la saison n’offre pas encore de pâturage pour alimenter les chevaux. « Le détenteur des chevaux avait dissimulé certains avant notre venue, confirme L. Bos. Parmi eux, nous avons retrouvé une jument en détresse respiratoire. » L’animal, sauvé in extremis, a été perfusé sur place. « Nous sommes face à la dérive de l’élevage pour chevaux où, après la recherche de “crack” pour gagner des concours, on se débarrasse des animaux en les laissant mourir dans un pré », dénonce Reha Hutin, Présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis.
Des cadavres de poulains ont également été découvert sur les lieux : « L’éleveur les laissait mourir plutôt que d’appeler les services vétérinaires pour les sauver », se désole la directrice de la Ferme des Aubris (18).
Une journée entière de mobilisation
Au vu du comportement méfiant des équidés, une journée entière de mobilisation s’est avérée nécessaire pour charger l’ensemble des animaux et, ainsi, les transférer dans plusieurs refuges partenaires, dans différents départements « De ma carrière, je n’ai jamais vu autant de chevaux agressifs, rapporte Laetitia Bos. Ils étaient très méfiants envers l’homme et en permanence sur la défensive. Au moins 80 % d’entre eux n’étaient pas manipulables, alors qu’il faut s’en assurer dès leur plus jeune âge. »
Et la disposition de l’élevage n’aidait en rien. Au contraire, « les barrières, les amas de voitures en panne, les bouts de ficelles, les barres en fer » disposés dans l’un des hangars rendaient leur passage « très dangereux », précise L. Bos. « Et lorsqu’ils sont stressés, les forces sont démultipliées », ajoute-t-elle. Au total, plus de onze heures d’intervention minutieuse ont mobilisé l’ensemble des équipes pour secourir ces chevaux en détresse.
Les démarches judiciaires en cours
Les 76 chevaux sont arrivés au sein de sept refuges dans différents départements, dont la Ferme des Aubris, le refuge pour équidés de la Fondation 30 Millions d’Amis. « Ils sont désormais placés dans des conditions optimales dans le but d’être soignés et alimentés par des professionnels, rassure sa directrice. En termes de comparaison, ils sont passés de l’enfer à un hôtel 4 étoiles ! » Les rescapés doivent être à présent vermifugés pour se débarrasser des nombreux parasites, dont ils sont infectés.
Il semblerait que nous soyons face à une récidive inadmissible !
Reha Hutin
Connu des autorités sanitaires, l’éleveur a déjà été condamné en 2012 « pour des faits similaires concernant des bovins », précise la préfecture de la Meuse. « Il semblerait que nous soyons face à une récidive inadmissible », déplore de son côté Reha Hutin. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances de ce nouveau cas de maltraitance animale, ainsi que d’autres irrégularités relevées par les services vétérinaires. « Le nombre de poulains reproduits chaque année dépassait le maximum autorisé par la réglementation », souligne Laetitia Bos. La Fondation 30 Millions d’Amis, qui a pris en charge l’intégralité des opérations de sauvetage, se constituera partie civile en cas de procès.
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