Le Muséum national d’Histoire naturelle a publié, lundi 9 mars 2026, une étude prouvant que l'élimination des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (dites ESOD) est inefficace et coûteuse. Dénoncée de longue date par la Fondation 30 Millions d'Amis, l’élimination des animaux dits « nuisibles » n’est en réalité pas rentable puisqu’elle ne permet pas de réduire le coût lié à leurs dégâts.
L'élimination massive des animaux jugés nuisibles en France ne réduit pas les pertes économiques qui leur sont attribuées et pour certaines espèces ne contribue pas non plus à la baisse des effectifs, indique une étude scientifique lundi 9 mars 2026. Tous les trois ans, le gouvernement publie une liste des « espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD) », anciennement appelés nuisibles, permettant de chasser, piéger, capturer ou déterrer ces dernières toute l'année pour éviter des dégâts pénalisant notamment certaines activités agricoles. Une nouvelle liste est attendue d'ici à l'été.
Selon cette étude du Muséum national d'Histoire naturelle publiée dans Biological Conservation, 1,7 million de renards, mustélidés et corvidés sont tués chaque année pour réduire les pertes économiques et les risques sanitaires. Mais ces mesures ont un coût « huit fois plus élevé que les déclarations de dégâts imputés à ces espèces », selon l'étude. En analysant les données publiques des déclarations de dégâts et du nombre d'animaux tués entre 2015 et 2022, l'étude constate qu'une augmentation de l'élimination des ESOD non seulement « ne réduit pas les dégâts, mais aussi qu'un arrêt des destructions (des espèces, NDLR) n'engendre pas d'augmentation des dégâts », indique le Muséum dans un communiqué.
Un dispositif peu rentable
Les auteurs de l'étude ont calculé qu'éliminer ces animaux coûte 103 à 123 millions d'euros par an, quand le coût des dégâts déclarés est de huit à 23 millions d'euros. « Il n'est donc pas rentable de détruire les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts : cela coûte plus cher que d'indemniser les dommages économiques causés », concluent les chercheurs, jugeant cette politique « inefficace et coûteuse ». En outre, en matière de régulation des espèces, les mesures mises en place échouent : en étudiant cinq espèces d'oiseaux de la liste ESOD, les scientifiques ont constaté que les effectifs des populations nicheuses n'avaient pas diminué.
L'abattage massif d'animaux [...] est une aberration économique et écologique.
Reha Hutin
Des études précédentes arrivaient au même constat pour le renard roux. L'arrêté ministériel du 4 août 2023 classait parmi les ESOD la belette d'Europe, la fouine, la martre des pins, le renard roux, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l'étourneau sansonnet. Le 13 mai 2025, le Conseil d'Etat a demandé au gouvernement de retirer la martre de la liste, dont le principe même est régulièrement contesté par les associations de défense de l'environnement. Cette décision avait été saluée par la Fondation 30 Millions d'Amis.
Fin 2024, un rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable appelait à « une refonte de l'approche française » et à ne pas reconduire l'arrêté ESOD en 2026.
Un classement dénoncé par la Fondation 30 Millions d’Amis
Ce n'est pas la première fois que l'inefficacité de cette destruction d'ESOD est prouvée. Fin septembre 2023, un rapport publié par un comité d'experts indépendants confirmait que tuer des renards, fouines ou corneilles ne permettrait en rien de réduire les dommages qui leur sont imputés !
La Fondation 30 Millions d’Amis dénonce de longue date le classement d’« espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ». Accusés sans preuve de détruire leur environnement, ces animaux ont en réalité un rôle écologique non négligeable. « La Fondation 30 Millions d'Amis s'est toujours battue contre cette politique mortifère, qui n'a aucun fondement scientifique et dont l'efficacité n'a jamais été prouvée, déclare Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis. Cette étude menée par le Museum national d'Histoire naturelle vient une nouvelle fois appuyer ce que les ONG dénoncent depuis de nombreuses années : l'abattage massif d'animaux au prétexte qu'ils pourraient potentiellement occasionner des dégâts est une aberration économique et écologique. Il est temps de réformer cette politique onéreuse et arbitraire, et qui, une fois encore, ne profite qu'aux chasseurs ! »
(Avec AFP)
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