Ainsi nous avons souhaité, dans ce numéro de juin, revenir sur cette bataille rangée autour de l’ours de la discorde avec un dossier complet qui donne la parole aux uns et aux autres.
D’un côté, les bergers pour qui l’ours est un bouc émissaire, un prétexte pour crier leur désespoir contre le marasme qui frappe l’agriculture de montagne. Par souci de rentabilité et afin qu’ils puissent gagner au minimum leur vie, ils doivent recourir à l’élevage intensif avec des milliers de bêtes lâchées sans surveillance dans la nature, proies des chiens errants et des quelques dizaines d’ours, qui pourtant, ne sont responsables que de 1% de pertes par prédation, la foudre et les accidents étant bien plus meurtriers.
Cependant, de nombreux bergers parviennent à cohabiter avec le plantigrade car des solutions de protection existent, comme les chiens patous, véritables anges gardiens des troupeaux.
De l’autre côté, tous ceux pour qui l’ours fait partie intégrante du patrimoine de la région. Au début du XXe siècle? ils étaient quelques deux cents à cohabiter dans les Pyrénées, assurant une biodiversité indispensable. A la fin des années 1980, ils n’étaient plus que sept, d’où la nécessité de faire venir ces « émigrés des Balkans » pour assurer la pérennité de l’espèce.
Alors que la bataille de l’ours fait rage chez nous, nos voisins Espagnols s’accommodent parfaitement des 140 plantigrades qui vivent dans la cordillère Cantabrique. Ils s’adaptent aux activités humaines et l’image de nature sauvage qu’ils véhiculent est devenu un atout majeur pour le tourisme rural des Asturies, une région en pleine conversion après la crise de son industrie.
Enfin, on peut se poser une question en forme de conclusion : peut-on réclamer à la terre entière de tenter de sauvegarder ses éléphants, ses baleines, ses tigres et tant d’autres animaux en voie de disparition, si nous ne sommes pas capables, nous, en France, de protéger notre propre faune sauvage ?
Reha Hutin