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Interview

Corine Pelluchon : « La cause animale est aussi la cause de l’humanité »

Corine Pelluchon, professeure de Philosophie et auteur du livre "Manifeste Animaliste. Politiser la cause animale". © DR

À l’occasion de la sortie de son livre Manifeste Animaliste - Politiser la cause animale (Alma, 2017) et à quelques mois de l’élection présidentielle, Corine Pelluchon, professeure de Philosophie à l’université Paris-Est-Marne-La-Vallée, accorde un entretien à 30millionsdamis.fr.

30millionsdamis.fr : Vous dressez un état des lieux assez sombre sur le traitement réservé aux animaux dans notre société…
Corine Pelluchon : Cette violence faite aux animaux est le miroir d’une société violente et d’un modèle de développement essoufflé, générateur d’injustices et de désastres sociaux et environnementaux. Effectivement c’est un tableau sombre, car on est arrivé à une extrémité dans la violence envers les animaux et même envers les humains. Les individus ont perdu le sens de ce qui les relie aux autres et ne s’éprouvent que comme des producteurs ou des consommateurs. Leur vide intérieur et leur peur panique de tout ce qui échappe à leur contrôle expliquent leur besoin de dominer les autres, en particulier les êtres les plus vulnérables, dont la vie leur est confiée. L'intérêt de mon livre est de montrer que la cause animale est aussi la cause de l'humanité.

Le livre est assez court (100 pages). Est-ce une volonté de rendre la protection animale plus accessible ?  
CP : Je ne suis pas une femme politique et je ne sauve pas quotidiennement des animaux comme le fait la Fondation 30 Millions d’Amis. Comme philosophe politique, mon rôle est d’éclairer l’action et la pensée en donnant d’abord quelques repères pédagogiques et théoriques. C’est pour cela qu’il y a un glossaire avec une vingtaine de termes importants qui sont définis, comme « sentience », « antispécisme », « éthologie »... Je souhaite aussi montrer que l’« animalisme » n’est pas seulement ni essentiellement l’apologie du mode de vie végane, mais que ce qui est en jeu dans la maltraitance animale, c’est tout un modèle de développement. Enfin, j’ai voulu aider les personnes perplexes à « traverser le miroir », celles qui se posent beaucoup de questions en voyant des vidéos qui montrent la façon dont les animaux sont élevés et abattus. Il fallait leur dire qu’un mouvement solide et structuré existe.

Pour arriver à ce changement de société, vous faites des propositions concrètes.
CP : L’une de mes stratégies est la reconversion. Certains changements ne se décrètent pas ; il faut des aides logistiques et financières pour remplacer, dans un premier temps, l’élevage intensif par l’élevage extensif.
Parler de transition suppose que l’on sait où l’on va ; on sait quel est l’objectif, mais on reconnaît que cela peut prendre du temps et surtout on a une méthode. Au lieu de considérer les personnes qui exploitent les animaux comme des ennemies, on va travailler de concert avec elles, y compris quand on propose, ce que je fais, la suppression des spectacles de dauphins, d’orques, des cirques avec animaux... Celles et ceux qui travaillent dans un delphinarium, comme dresseurs ou scientifiques, pourraient, par exemple, être très utiles dans le cadre de programmes de réintroduction des cétacés dans leur milieu naturel, quand cela est possible.

 

L’amélioration de la condition animale passe par un volontarisme politique.

Vous proposez une politique de long terme et des solutions applicables immédiatement pour améliorer le sort des animaux.
CP : J’ai expliqué pourquoi certaines pratiques pourraient être supprimées immédiatement. Comme la fin de la fourrure, du foie gras, de la captivité des animaux sauvages et de la corrida. Cela pourrait faire l’objet d’un large consensus. S’agissant de la captivité des animaux sauvages, dès que les gens savent à quel point les animaux souffrent, ils ne vont plus voir des spectacles de dauphins ni de cirques avec animaux. Demander la fin de la captivité des animaux sauvages et de leur exploitation, c’est une mesure phare. La beauté sauvage on ne se l’accapare pas, on la respecte. Quant à la corrida, c’est la quintessence de la domination et sa disparition est programmée. On ne peut pas conserver ces spectacles violents et encourager le respect et la compassion envers les autres. Faire de la domination d’un animal magnifique un art et se réjouir de son supplice, c’est moralement très problématique.

Malgré les actions de sensibilisation des associations de protection animale, malgré une énorme mobilisation citoyenne, on a l’impression que les réponses politiques tardent à venir…
CP : Il faut de la patience. Dans le passé de grands combats ont été portés durant des décennies, voire des siècles, par la société civile afin d’être gagnés sur le plan politique. Pensez au combat pour l’abolition de l’esclavage ou à l’égalité entre les hommes et les femmes. Il a fallu du temps, de l’énergie, de l’intelligence aussi et de la stratégie.
J’ai écrit ce livre pour aider l’animalisme à entrer en politique. Il semble que les candidat-e-s à l’élection présidentielle réduisent encore le mouvement animaliste à la seule protection animale. Or, il va au-delà de l’amour pour les animaux et de leur défense ; il implique une certaine idée de l’humain, de la civilisation et de la justice et, comme je l’écris, « nous avons un monde à y gagner ».
Si de plus en plus de personnes se disent concernées par la question animale et si le mouvement grossit, les candidat-e-s à l’élection présidentielle seront obligé-e-s de les écouter au risque d’être dans un déni de démocratie.

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L’émission 30 Millions d’Amis soulignait l’importance du lien entre humains et animaux.

De quand date votre engagement pour la cause animale ?

CP : Je suis née à la campagne ; il y avait près de chez mes parents des vaches qui vivaient 15 ans et avaient chacune un prénom. J’ai vu la transformation des exploitations en fermes-usines. J’ai ouvert les yeux tardivement, vers 35 ans. Le vrai moteur des changements personnels et collectifs, ce n’est pas l’argumentation, mais les affects. La raison sert à justifier ses décisions, la science fonde en raison ce qu’on a déjà reconnu. Je pense que nous avons minimisé le poids des affects et des émotions dans l’éducation et dans le chemin qui nous conduit à changer nos styles de vie, notre rapport aux autres. C’est pourquoi l’émission 30 Millions d’Amis était très bien : elle soulignait parfaitement l’importance du lien entre humains et animaux.

Et vous-même, avez-vous un animal de compagnie ?
CP : J’ai une chatte de 8 ans que j’ai adoptée alors qu’elle avait 2 ans, et que j’adore ! Elle s’appelle Boulie, c’est une croisée chartreuse, une merveille ! Elle m’accompagne tout le temps, en vacances, à la campagne. Je l’ai adoptée auprès d’une association ; elle était chétive et a eu un début de vie difficile. Aujourd’hui elle n’est plus craintive ; elle se sent chez elle et a son petit caractère. Elle est formidable. J’ai l’impression que les animaux qui ont été sauvés « donnent » encore plus que les autres.

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Alma éditions
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Commenter

  1. johann5977 02/02/2017 à 02:30:47

    Pour l'instant aucun politicien a eu le cran de stopper le carnage envers les animaux, on donne des miettes pour calmer les associations qui se battent pour la cause animale, mais quand il faut agir sur des choses très graves, ou qui vont à l'encontre des puissances financières, des chasseurs... et bien les politiciens s'écrasent sans avoir le moindre remord. Cela ne les dérange pas d'avoir du sang sur les mains.

    Nous avons gagné trop peu de batailles face au massacre perpétré en France et dans le monde entier, et cela me rend triste, tellement triste.

  2. chloevallon 19/01/2017 à 19:52:39

    Très émouvant. J\'espère qu\'elle réussira.

  3. lotus2003 19/01/2017 à 16:56:09

    qui en politique prendra la défense des animaux ? pour moi personne. car les animaux sont des machines à fric. on peut faire tout les combats du monde pour la cause animale et rien ne se fait. on a demander des vidéos dans les abattoirs, il va en avoir, mais on ne sera rien et les animaux continuront à souffrir avant d\'être tuer. et j\'ai tellement de colère pour les humains qui font souffrir les animaux que je les tuerais