La Fondation 30 Millions d'Amis, à l'instar des grands associations de protection animale, a pesé de tout son poids pour que l'Union européenne décide de fermer ses marchés aux importations de peaux et produits dérivés du phoque. Avec un vote en ce sens, mardi 5 mai, le Parlement européen proteste ouvertement contre une chasse jugée cruelle.
"La chasse au phoque du Groenland est une course pour atteindre les quotas", martèle Sheryl Fink, porte-parole du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). "L'objectif des chasseurs est de tuer le plus possible de bêtes, plutôt que de les tuer humainement ou d'appliquer les règlements". Cette année, le ministère canadien des Pêches a augmenté de 43 000 bêtes le quota d'abattage.

Chasseur de phoques armé d'un hakapik
Les chasseurs pourront tuer 8 200 phoques à capuchon ; 50 000 phoques gris, contre 12 000 l'année dernière et 280 000 phoques du Groenland, soit 5 000 de plus qu'en 2007. Cette espèce constituant le gros du commerce de phoque car très recherchée pour sa fourrure et son huile.
Les chiffres donnent le vertige même si la Russie a, pour sa part, interdit la chasse aux phoques de moins d'un an sur son immense territoire (voir notre information du 18 mars 2009) parlant d'une "pratique sanguinaire". Une initiative d'ailleurs saluée par les associations de défense animale. La situation au Canada est légèrement différente...
Moyen de subsistance
La chasse au phoque y est considérée comme une activité durable et bien gérée. Elle assure un complément de ressources pour des communautés de pêcheurs affectés par la chute des stocks de morues. Les peaux de phoques sont vendues en majorité à l'industrie de la mode de Norvège, de Russie et de Chine. Les pêcheurs vendent aussi de la graisse destinée à être utilisée comme huile.
En 2006, l'abattage de quelque 335 000 phoques avait rapporté 25 millions de dollars (18 millions d'euros). La population de phoques au Canada s'élève aujourd'hui à 5,5 millions d'individus, contre 1,8 millions dans les années 1970, selon les autorités canadiennes. Un nombre en augmentation depuis que le Canada a commencé à gérer sa chasse.
Chasse cruelle
Une gestion qui fait suite à la diffusion, en 1964, d'un documentaire présentant un chasseur dépeçant vivant un blanchon (bébé phoque de moins de 12 jours dont la fourrure est blanche). Depuis, cette chasse est critiquée pour sa cruauté. Ottawa a finalement interdit en 1987 la chasse au blanchon et s'est efforcé d'augmenter l'arsenal législatif garantissant une chasse "humaine".
Les Etats de l'Union européenne se sont toutefois prononcés, fin octobre 2008, en faveur d'une interdiction du commerce des peaux de phoques tués dans des conditions cruelles.
Pour rappel, le phoque est abattu à coup de hakapik, sorte de gourdin dont l'extrémité est ornée d'un clou. Un seul coup "doit" suffire à étourdir la bête jusqu'à la mort. Mais c'est rarement le cas. Le texte a été adopté lundi 30 mars 2009 par la dernière session plénière de l'assemblée européenne, tout en ménageant des exceptions pour les produits du phoque fournis par les Inuits du Canada et du Groenland.
La communauté internationale réagit
Les Etats-Unis ont - pour leur part - interdit le commerce des produits dérivés du phoque canadien depuis 1972 (!). En 1983, l'Union européenne s'était, quant à elle, limitée à ne supprimer que les ventes de peaux de bébés phoques. Pour le Canada qui a fait de nouvelles concessions en décembre 2008 pour le dépeçage des phoques (désormais, l'animal doit être complètement mort avant de pouvoir prélever sa fourrure, ce qui n'était pas le cas auparavant), le récent vote des eurodéputés est un revers.
Déjà une contre-offensive a été lancée par l'intermédiaire de la ministre canadienne des pêches, Gail Shea qui souligne que le Canada étudiait tous les recours juridiques et diplomatiques. "Nous allons exercer nos pleins droits au termes du commerce international si cela devient nécessaire" a-t-elle lancé en faisant très clairement allusion à une plainte déposée auprès de l'Organisation Mondiale du Commerce. Selon Ottawa, 6 000 personnes pratiquent cette chasse au Canada, pays où sont abattus près du tiers des phoques chassés chaque année dans le monde.
Pour l'ensemble des acteurs de la protection animale, rendez-vous est d'ores et déjà pris pour le 22 avril 2009 où aura lieu - à Bruxelles (Belgique) - l'adoption par les eurodéputés des décrets d'applications du projet de loi adopté en mars dernier.
Article publié le : 06-05-09