|
Les sapeurs-pompiers de l'UIISC7 de Brignoles sont rentrés de leur mission en Haïti (28/01/10). Dix jours après le tremblement de terre , le Sergent-chef Fabriès, responsable de la brigade canine, revient, pour la Fondation 30 Millions d'Amis sur un sauvetage particulièrement éprouvant pour les animaux, comme pour les hommes.
Le Sergent-chef David Fabriès n'en est pas à son coup d'essai sur le terrain. Les chantiers d'AZF en 2001 ou le tremblement de terre de Bam en Iran en 2003, comptent parmi ses faits d'armes. Mais ce qu'il a vu et vécu en Haïti fait partie des sommets de l'horreur... D'abord en raison de l'odeur. L'odeur de la mort... Viennent ensuite les images de désolation et d'apocalypse : les cadavres partout, dans les rues, sous les décombres, les fosses communes dans chaque quartier et les corps, les uns sur les autres... "Vous avez vu les photos parues dans la presse?", s'exclame-t-il, alors qu'il cherche ses mots pour décrire au mieux ce qu'il a vécu. "Vous les avez vues ? Eh bien c'est exactement ça..."
"Dès le départ, j'avais des craintes par rapport à cette opération", poursuit-il. "Nous avons quitté Brignoles par -6°C. pour rallier Port-aux-Princes où la température à l'ombre avoisinait les 35°C. Après 12 heures d'avion, la transition a été brutale pour les chiens." Cynophile convaincu et formateur au sein de l'UIISC7 de Brignoles (06), David Fabriès dresse un bilan plutôt encourageant de ses troupes : 6 chiens pour 4 hommes.
"Les chiens ont été exemplaires"
"Pour les chiens, c'était une première dans ce domaine. Et ils ont été exemplaires en dépit des conditions particulièrement périlleuses. Il faut imaginer les tonnes de béton et de métal effondrés et ce que représente un immeuble de 5 étages aplati comme une crêpe par la secousse. On a tout de même essuyé trois répliques sur place. Rien que pour poser l'avion au moment de l'approche sur Port-aux-Princes était compliqué. "
Une fois posé, l'avion a encore dû patienter deux heures de plus avant de pouvoir décharger son fret et prendre la direction de l'hôtel Montana, sur les hauteurs de la capitale. Il ne reste qu'un tas de gravas de ce qui fut l'un des plus luxueux hôtels de la ville. "Nous y avons passé trois jours et trois nuits. Les chiens n'ont pas été ménagés, tournant presque 24 heures sur 24. Il fallait faire vite... Avec la chaleur, la putréfaction des cadavres gagnait les décombres. L'odorat des chiens était détourné . Le marquage était de plus en plus difficile."
Pendant les 96 premières heures de travail, l'équipe a pourtant réussi localiser puis à sortir 12 survivants des décombres. Pour les 6 bergers belges malinois de l'UIISC7, c'était la première expérience de cette ampleur. Ulyss, Spyke, Lasko, Ben Hur, Virgil et Swan, tous ont été à la hauteur de leur mission. Parti malade, le plus vieux chien de l'équipe âgé de 9 ans, Swan, est mort au deuxième jour de son arrivée, suite à une insuffisance pancréatique et une forte déshydratation. Rapatrié avec son équipe, le corps du chien du Sergent-chef David Fabriès, un compagnon depuis 6 ans et demi, a été enterré dès le 28/01/10.
"La vie continue"
"J'avais souhaité qu'on fasse quelque chose en petit comité, dans la discrétion. Le chef de corps était là ainsi que le groupe avec lequel j'ai travaillé en Haïti. Ils ont apporté une belle gerbe de fleurs et Swan a été décoré, à titre posthume, de la médaille de bronze du courage et du dévouement", explique très ému David Fabriès avant de marquer une courte pause. Puis il reprend : "Sur le plan humain ou animal, tout le monde a été impacté par cette mission. L'enterrement de Swan nous permet aussi à tous de tourner une page. A présent c'est repos jusqu'à la semaine prochaine."
Et dès lundi, le travail reprendra, via le jeu, "pour remettre en route les fondamentaux, que chaque homme, chaque chien retrouve ses marques". "La vie continue", reprend optimiste David Fabriès. "Il le faut et il y a la relève derrière. Je devrais avoir un chien opérationnel dans l'année si tout va bien." Les "rabatteurs", c'est-à-dire les sélectionneurs de chiens d'utilité, chargés de trouver le chien parfait, la perle rare, d'un gabarit léger et passe-partout, sont déjà à l'œuvre. Le recrutement se fait aussi dans les refuges, c'est ainsi que parfois des chiens lâchement abandonnés commencent une nouvelle vie au service des hommes.
A son arrivée, le chien âgé entre 10 et 14 mois suivra une formation sanctionnée par un brevet d'aptitude à l'âge de 18 mois. Le successeur de Swan devra allier les mêmes qualités que son aîné : "Abnégation, vaillance, capacité à travailler jusqu'au bout, toujours se donner à fond..."
Pour aider les survivants à Haïti, cliquer ici...
Article publié le : 29-01-10
Toutes les actualités de cette catégorie
|